LAXNESS (H. K.)

LAXNESS (H. K.)
LAXNESS (H. K.)

La sollicitude ardente qu’il porte aux changements historiques et aux difficultés de la vie de son peuple, en même temps qu’un don puissant d’humeur moqueuse, la maîtrise de son style et une fécondité rare dans le domaine de l’écriture, où rien ne le laisse indifférent, ont fait de Laxness, aux yeux des Islandais, le plus remarquable de leurs auteurs contemporains.

Voyages et conversions

Fils de paysans, né en 1902, Halldór Kiljan Laxness a grandi à Laxnes, la ferme de ses parents, à quelques dizaines de kilomètres de Reykjavik et est toujours resté attaché à ses origines. Il publia son premier livre, un roman rustique, à l’âge de dix-sept ans. À la même époque, il abandonna ses études au lycée de Reykjavik et entreprit de voyager par le monde, d’abord en Europe, puis en Amérique du Nord, ensuite d’une ville à l’autre avec des escales en Islande.

Undir Helgahnúk (Sous le pic sacré ) fut écrit en 1923, à l’abbaye Saint-Maurice de Clervaux, au Luxembourg, où il s’était converti au catholicisme. L’œuvre accuse l’influence catholique, ainsi que le roman suivant Vefarinn mikli frá Kasmír (1927, Le Grand Tisserand de Cachemire ) rédigé en Sicile. Ce récit constituait une grande nouveauté dans l’art romanesque islandais, à la fois par le sujet et par le style, car les influences de l’impressionnisme et du surréalisme s’y mêlaient à celles des Pères de l’Église et du style narratif islandais traditionnel, tandis que l’auteur essayait de donner corps à toutes les idées sur la foi et sur la sagesse qu’il avait assimilées à l’étranger. Nombreux sont les écrivains de tous bords qui ont exercé une influence sur l’imagination et le style de ce jeune Islandais, par exemple Breton, Freud, Nietzsche, Strindberg, saint Augustin et Papini. Le roman traite du combat que mène une jeune fille pour arracher son amant du sein de l’Église catholique. Elle va même jusqu’à se rendre d’Islande à Rome dans ce but, mais elle échoue pour finir devant les grilles closes du monastère où son amant s’est enfermé, définitivement perdu pour elle. Par ce livre, Laxness se proclamait séparé de l’Église catholique qu’il avait pourtant si vigoureusement défendue dans l’opuscule Kathólsk Vidhorf (1925, Du point de vue catholique ).

En revanche, il manifestait un intérêt croissant pour le socialisme, que renforça un séjour en Amérique (1927-1930), où il fit la connaissance, entre autres, d’Upton Sinclair. Après des voyages en Union soviétique, il composa, inspiré par cette foi nouvelle, deux livres de voyages à la gloire de la puissance de la classe ouvrière Í Austurvegi (1933, Vers l’est ) et Gerzka aevintýrid (1938, L’Aventure russe ), dans lequel il parle du procès de Boukharine auquel il assista. Après le XXe Congrès du Parti communiste de l’U.R.S.S. (Moscou, févr. 1956), il tourna le dos au communisme et se mit à dépeindre la situation en Union soviétique en termes diamétralement opposés à ce qu’il avait fait précédemment.

La vie du peuple

Le Grand Tisserand de Cachemire , roman insolite, avait été assez peu goûté des Islandais. Du reste, l’auteur adopta bientôt un style plus réaliste et plus populaire. Un récit en deux volumes, généralement intitulé Salka Valka (1931-1932), histoire de la naissance des mouvements ouvriers dans un village de pêcheurs, fut plus apprécié du peuple islandais, de la classe ouvrière au moins. Qu’un auteur comme Laxness ait voulu dépeindre le paysan islandais, tout comme Knut Hamsun, qu’il admirait, l’avait fait pour le paysan norvégien, il n’y avait là rien que de très naturel. En 1935, parut Sjálfstaett fólk (Gens indépendants ) où Laxness montre la lutte que mène le petit paysan islandais dans un pays revêche, son obstination et son indomptable ténacité pour se suffire à lui-même et devenir «indépendant». L’auteur atteint ici l’apogée de son art, et s’y maintient dans la tétralogie Heimsljós (1937-1940, Lumière du monde ), où l’on montre un pauvre homme épris de poésie qui erre parmi les hommes dans les campagnes et au bord de la mer, entre en possession d’une minable chaumière et y habite avec femme et enfants jusqu’au moment où on lui prend sa hutte; mais nul ne peut lui retirer la beauté de la poésie et la splendeur du ciel. Le roman se fonde sur le journal d’un instituteur itinérant que l’on conserve à la Bibliothèque nationale de Reykjavik.

Satire de la guerre

La trilogie Íslandsklukkan (1943-1946, La Cloche d’Islande ) est une œuvre dont l’action se passe au commencement du XVIIIe siècle, alors que le peuple islandais subissait encore l’absolutisme danois, mais les événements historiques dont il est question sont un biais commode pour évoquer les avatars de l’Islande actuelle en face des grandes puissances qui pourraient menacer son indépendance. Le livre date de l’époque où les Islandais rompaient définitivement leurs liens avec le roi de Danemark pour fonder une nouvelle République (1944). C’est en même temps un message de victoire, l’image de la virilité et de la culture qui légitiment l’indépendance d’un si petit peuple et un message d’avertissement, un tableau de la misère qui avait accablé le peuple sous une domination étrangère maladroite. Un des héros de La Cloche d’Islande , le paysan Jón Hreggvidsson, personnage haut en couleur qui symbolise la rude énergie du peuple islandais, est condamné à mort pour avoir assassiné le gouverneur du roi, malgré l’absence de preuves. Après une fuite mouvementée, des errances et un long procès, il évite le billot grâce à l’intervention d’un savant islandais vivant à Copenhague, Arnas Arneus; ce dernier sait quels trésors possèdent les Islandais en fait d’anciens livres ou de manuscrits. Le savant a parcouru le pays pour les rassembler et, un jour, il a pu mettre la main sur des fragments d’un précieux parchemin, précisément dans la petite ferme du paysan Jón Hreggvidsson. La comparaison s’impose avec Árni Magnússon qui parvint à rassembler l’impressionnante collection d’anciens manuscrits islandais que posséda longtemps la Bibliothèque royale de Copenhague. Laxness a adapté, en 1950, La Cloche d’Islande pour le théâtre sous le titre de Snaefrídur Íslandssól (Snaefridur, soleil d’Islande ). Peu de pièces furent aussi populaires.

Dans Atómstödin (1948, Station atomique ), satire un peu forcée, l’Islande non corrompue est dépeinte en la personne d’une fille de paysans, face à l’Islande pervertie par les troupes américaines.

Gerpla (1952, La Saga des Fiers-à-Bras ) est à la fois une satire plus poétique et plus mordante et un long roman un peu décousu, mais souvent traversé de traits d’esprit et de moqueries sur le culte des héros et l’esprit belliqueux.

Après avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1955, Laxness a publié des romans, Brekkukotsannáll (1957, Les Annales de Brekkukot ) et Paradísarheimt (1960, Le Paradis retrouvé ), qui semblent porter l’empreinte du taoïsme; ils témoignent d’une recherche de la simplicité de la vie rurale, ainsi que la déception d’avoir cru à la terre promise invisible là où il l’attendait. Laxness a également composé nombre de nouvelles, dont quelques-unes sont des chefs-d’œuvre. Kvaedakver (1930, Poèmes ) contient des poèmes alertes, influencés çà et là, par le surréalisme et le dadaïsme. Ses pièces de théâtre ont toutes été mises en scène à Reykjavik. Il y traite de la corruption de la vie politique islandaise et ridiculise la cupidité et le vide qui caractérisent la société bourgeoise d’aujourd’hui, mais sans atteindre à la même maîtrise que dans ses meilleurs romans. En outre, il a rédigé quantité d’articles, rassemblés en plusieurs volumes, sur tous les sujets possibles, souvent dans un style mordant, moqueur et vif, semblable à celui de Bernard Shaw. En 1962, Laxness a réglé ses comptes avec le communisme avec un livre de souvenirs, Skáldatími (Temps des poètes ) où il commente en même temps ses poètes préférés. Ayant ajouté un volume de nouvelles en 1964, il a continué d’écrire des romans, Kristnihald undir Jökli (1968, Chrétiens du Snæfellsjökull ), Innansveitarkronika (1970, Chronique de la cambrousse), Gu face="EU Caron" サsgjafabula (1972, Récit sur les dons de Dieu). Depuis ce temps-là, il a publié quatre volumes de mémoires. Son dernier livre a paru en 1987: un journal datant de 1923, et tenu pendant son séjour chez les moines de Clervaux au Luxembourg. Dans une introduction, il décrit son attitude religieuse et l’atmosphère dans le monastère, où il a pris, en se convertissant au catholicisme, le nom celtique Kiljan, qu’il a cessé d’utiliser plus tard. La plupart de ses œuvres ont été traduites en de nombreuses langues. Des pièces de théâtre, fondées sur ses œuvres, évoquent toujours l’admiration du peuple islandais.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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